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Taxe halal: 10/15 centimes d’€ par kg selon Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon

Quatre questions sur le halal

Fabrice Madouas le jeudi, 01/03/2012

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En affirmant que toute la viande distribuée en Île-de-France était halal, Marine Le Pen a relancé la controverse sur l’abattage rituel.

1. Que signifie halal ?

Halal veut dire “licite” en arabe. Son contraire se dit haram, “illicite”. Selon le Coran, la consommation de porc est haram. Il est en revanche licite de consommer du boeuf, du mouton, du poulet… Encore faut-il que ces bêtes soient abattues conformément aux prescriptions coraniques : l’animal doit être égorgé vivant, sans étourdissement, la tête tournée vers La Mecque, par un sacrificateur musulman invoquant le nom d’Allah (sourate V, verset 3). En France, conformément aux directives européennes, tous les animaux devraient être étourdis avant d’être abattus mais une dérogation est accordée au nom de la liberté de culte.

La distinction entre le halal et le haram ne s’applique pas seulement à l’alimentation : elle régit le comportement quotidien des musulmans. C’est ce que souligne l’islamologue Gilles Kepel dans son enquête, Banlieue de la République (Gallimard, 2012) : ce mot « peut aussi s’étendre à un code de conduite, une expression des normes et valeurs dominantes, en séparant le licite de l’illicite dans de nombreux domaines, depuis le registre de l’intime jusqu’à la vie en société ».

2. La viande distribuée en Île de- France est-elle halal ?

Selon Marine Le Pen, tous les abattoirs franciliens « vendent du halal, sans exception ». Elle en conclut que « l’ensemble de la viande qui est distribuée en Île-de-France, à l’insu du consommateur, est exclusivement de la viande halal ». Des déclarations fondées sur les propos tenus par le directeur de la maison de l’élevage d’Île-de-France, François Hallepée, dans un reportage diffusé sur France 2.

Qu’en est-il vraiment ? Selon la chambre interdépartementale d’agriculture, « l’Île-de-France compte à ce jour cinq abattoirs dont un spécialisé dans la viande de porc. Les quatre autres abattent les cheptels exclusivement de manière rituelle : 100 % de la viande abattue en Île-de-France l’est selon les traditions musulmane et juive ». Ce choix s’explique par des raisons économiques. Les abattoirs franciliens ne sont plus gérés par les communes mais par des opérateurs privés. « Pour des raisons de simplification des process et poussés par la réduction des coûts, ces derniers se sont tournés vers un procédé unique d’abattage rituel. »

En revanche, les professionnels contestent que toute la viande distribuée en Île-de-France soit halal. La viande acheminée jusqu’à Rungis vient de la France entière. Or les 320 abattoirs français ne pratiquent pas tous l’abattage rituel. Selon la chambre interdépartementale d’agriculture, « les abattoirs franciliens représentent moins de 2 % de la consommation francilienne de viande ».

3. Consomme-t-on de la viande halal sans le savoir ?

Les consommateurs musulmans représentent au plus 10 % de la population française. Or le nombre de bêtes abattues rituellement dépasse largement leur demande – même si les chiffres varient selon les sources. « En France, entre un tiers et deux tiers de la viande consommée est issu de la filière certifiée d’abattage rituel », affirme le député UMP de l’Aube, Nicolas Dhuicq, qui a déposé une proposition de loi sur ce sujet en 2010.

Selon la Direction générale de l’alimentation, près d’un tiers des animaux abattus en 2007 l’auraient été de façon rituelle. La moitié des ovins et des caprins et, selon l’Oeuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir (Oaba), 28 % des bovins et 43 % des veaux. De plus, pour des raisons culturelles, les consommateurs musulmans délaissent certains morceaux : filet, entrecôte, etc. Il est donc fréquent que de la viande abattue rituellement soit écoulée dans le circuit classique de commercialisation, sans mention du mode d’abattage. Certaines associations musulmanes contestent cependant ces chiffres : « La confusion est énorme. On associe le fait qu’un animal soit abattu sans étourdissement au fait que sa viande soit halal », lit-on sur le site questionhalal.com

Le gouvernement fait valoir qu’aucun abattoir ne pourra bientôt procéder à un abattage rituel sans en avoir reçu l’accord préalable de l’État. Un décret prévoit la mise en place d’un système d’enregistrement permettant de vérifier que cet usage « correspond aux commandes commerciales le justifiant ». Rien n’est dit cependant sur l’information des consommateurs. C’est pourquoi de nombreux députés demandent que l’étiquetage de la viande comporte la mention du mode d’abattage : « L’exigence de transparence interdit de continuer à dissimuler aux consommateurs cette caractéristique, souligne Nicolas Dhuicq. Le principe de laïcité veut qu’ils en soient informés pour qu’ils puissent choisir. »

La transparence est d’autant plus nécessaire que les techniques d’abattage rituel ne présenteraient pas les mêmes garanties sanitaires que la méthode traditionnelle. Le président de l’Oaba, Jean-Pierre Kieffer, est vétérinaire : « Le problème est que, dans l’abattage rituel, l’oesophage est ouvert et le contenu de l’estomac peut donc se déverser par cette ouverture, explique-t-il sur le site de Maxisciences. La viande présente alors un risque de contamination par des germes bactériens comme l’Escherichia coli. » Le risque reste faible mais le gouvernement peut-il l’ignorer, à l’heure où l’on fait de tout un problème de santé publique ?

4. A quoi sert la taxe halal ?

Les sacrificateurs musulmans employés par les abattoirs sont habilités par trois grandes mosquées : en 2010, la grande mosquée de Paris avait attribué 220 cartes de sacrificateur, celle d’Évry 140 à 150, celle de Lyon une trentaine, pour un prix unitaire allant de 150 à 160 euros.

Leur travail est contrôlé par des associations dont les principales dépendent aussi de ces trois grandes mosquées. Un quatrième opérateur, AVS, s’est imposé sur ce marché. Le service rendu par ces associations n’est pas gratuit : faire certifier la viande halal coûte 10 à 15 centimes d’euro le kilo, selon Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon. « Cette taxe varie selon le tonnage des viandes », précisait en 2006 l’un des membres du Conseil français du culte musulman, Abdallah Zekri. Il s’agit d’« un marché juteux, qui rapporte beaucoup d’argent », poursuivait-il. « Près de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires », estime Kamel Kabtane, qui juge nécessaire de « moraliser ce marché en plein développement ».

« Le coût de la certification est répercuté sur le consommateur. Les responsables des cultes concernés le reconnaissent eux-mêmes. Les consommateurs ont le droit de le savoir », souligne Nicolas Dhuicq. Les organismes concernés affirment que la taxe halal ne sert pas à financer des mosquées mais à rémunérer leurs employés et à payer leurs charges. Fabrice Madouas

Source: http://www.valeursactuelles.com/actualit%C3%A9s/soci%C3%A9t%C3%A9/quatre-questions-halal20120228.html

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